Le contrat de capitalisation reste largement méconnu du grand public, alors qu’il partage l’essentiel de son fonctionnement financier avec l’assurance-vie : mêmes supports (fonds euros, unités de compte), même cadre fiscal après 8 ans. Sa différence fondamentale, et son principal intérêt, se joue ailleurs : au moment de la transmission et de la détention par une société.

Un fonctionnement financier identique à l’assurance-vie

Le contrat de capitalisation s’investit sur les mêmes supports qu’une assurance-vie (fonds euros et unités de compte), et bénéficie de la même fiscalité des rachats : après 8 ans, abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) sur les gains rachetés, taux réduit à 7,5% au-delà, hors prélèvements sociaux de 17,2%. La différence ne se joue donc pas sur le rendement ou la fiscalité courante, mais sur deux points précis : l’absence de clause bénéficiaire, et la possibilité pour une personne morale (société) d’en être titulaire.

Pas de dénouement au décès : un atout successoral sous-estimé

Contrairement à l’assurance-vie, le contrat de capitalisation ne comporte pas de clause bénéficiaire et n’est pas dénoué au décès du souscripteur : il entre dans la succession comme n’importe quel autre actif, mais conserve son antériorité fiscale. Cette caractéristique, qui semble à première vue un désavantage, devient un atout dans deux situations précises : la donation du contrat de son vivant (le donataire récupère l’antériorité fiscale du contrat, contrairement à un rachat suivi d’une donation en numéraire), et la détention par une société.

Exemple chiffré Un contrat de capitalisation de 200 000 € ouvert depuis 12 ans est transmis par donation à un enfant. Ce dernier hérite non seulement du capital mais aussi de l’antériorité fiscale de 12 ans : il pourra effectuer des rachats en bénéficiant immédiatement de la fiscalité allégée après 8 ans, sans attendre. À l’inverse, un rachat suivi d’une donation en numéraire ferait perdre cet avantage et déclencherait l’imposition des gains chez le donateur au moment du rachat.

Un outil de placement de trésorerie pour les sociétés soumises à l’IS

C’est là l’usage le plus recherché par les dirigeants : une société soumise à l’impôt sur les sociétés (IS) peut souscrire un contrat de capitalisation pour placer sa trésorerie excédentaire, ce qui lui est interdit pour l’assurance-vie (réservée aux personnes physiques et à certaines personnes morales sous condition). Les produits générés sont alors soumis à l’IS selon des règles spécifiques (taxation annuelle sur une fraction du rendement, mécanisme dit du « bouclier fiscal » de l’article 125-0 A du CGI transposé aux règles IS), généralement plus favorables qu’un placement bancaire classique sur la durée.

Ce placement permet à une entreprise de faire fructifier une trésorerie qui n’est pas immédiatement nécessaire à son activité, tout en gardant une disponibilité en cas de besoin (rachat partiel possible à tout moment), avec une fiscalité optimisée par rapport à des solutions de trésorerie plus classiques.

Un outil complémentaire, pas un substitut à l’assurance-vie

Le contrat de capitalisation ne remplace pas l’assurance-vie pour la transmission hors succession : sans clause bénéficiaire, il ne bénéficie pas de l’abattement propre à l’assurance-vie pour les versements avant 70 ans, et entre pleinement dans l’actif successoral taxable selon les règles de droit commun (avec les abattements en ligne directe applicables aux successions classiques). Il s’agit d’un outil complémentaire, à utiliser en priorité pour la donation avec conservation d’antériorité fiscale ou pour la trésorerie d’entreprise.

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. La fiscalité présentée est celle en vigueur à la date de publication et peut évoluer. Investir comporte des risques, dont la perte en capital.

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MP

Michel Pignalosa

Dirigeant — VESTA Prévoyance et Patrimoine

Conseiller en Gestion de Patrimoine, immatriculé à l’ORIAS sous le n° 24002125 en qualité de Conseiller en Investissements Financiers (CIF, depuis le 26/04/2024) et de Courtier d’assurance ou de réassurance (COA, depuis le 22/03/2024).